lundi 2 août 2010

Chanteurs en fin de droits

Fini les royalties perçues sur les tubes enregistrés il y a cinquante ans ! Les premiers succès de Johnny Hallyday, de Charles Aznavour ou d'Hugues Aufray vont tomber dans le domaine public. En Europe, la question suscite une belle cacophonie.

"Souvenirs, souvenirs, il nous reste nos chansons." Aujourd'hui, le tube de Johnny Hallyday n'a jamais sonné aussi faux ! Dès la fin de l'année, notre rockeur national ne pourra plus compter sur les droits d'interprète de ce titre, l'un des tout premiers enregistrés au début de sa carrière, en 1960. Sa rengaine va tomber dans le domaine public. En guise de consolation, Johnny peut se dire qu'il n'est pas un chanteur abandonné. D'autres vedettes qui touchaient jusqu'ici des royalties depuis cinquante ans, comme Charles Aznavour ou Nana Mouskouri, vont également devoir faire une croix sur une part de leurs revenus. Cette année, la période yé-yé, celle des débuts du vinyle, va peu à peu basculer dans la gratuité. En 2012, ce sera le tour de Richard Anthony (J'entends siffler le train) ou d'Hugues Aufray (Santiano).

Des artistes de toute l'Europe ont bien tenté de changer le cours des choses. Plus de 38 000 d'entre eux ont envoyé une pétition à Bruxelles. Leur lobbying a porté ses fruits et a permis d'étendre la durée des droits de cinquante à soixante-dix ans. Sur le papier, car la directive votée en 2009 est, depuis, restée lettre morte. Son adoption définitive se heurte aux refus du Luxembourg, de la Suède ou encore de la Roumanie. "Plusieurs pays considèrent que cette extension bénéficie surtout aux maisons de disques et aux vedettes déjà millionnaires plutôt qu'aux petits chanteurs dont la plupart ont cédé leurs droits", souligne un observateur européen.

Face à cette cacophonie, la présidence espagnole a tenté de trouver un terrain d'entente en avril. En vain. La Belgique, qui vient de prendre la présidence européenne, sera suivie par la Hongrie au premier semestre 2011, et toutes deux sont défavorables à tout changement. Or plus le temps passe, plus le nombre d'interprètes concernés augmente. "En tombant dans le domaine public, les artistes meurent une deuxième fois, explique, un brin lyrique, Pascal Nègre, président d'Universal Music France. Non seulement ils perdent leurs droits, mais les maisons de disques sont réticentes à faire des efforts de marketing pour mettre en avant de vieux titres remixés. Il n'y a plus de travail de mémoire."

Les majors rééditent de temps à autre leur fonds de catalogue pour en tirer de substantiels bénéfices. Une manne bienvenue en période de crise du disque, réinvestie en partie dans la découverte de nouveaux talents. Les chanteurs les plus populaires, eux, peuvent toucher entre 1 et 1,50 euro sur chaque album vendu dans le commerce, alors que les moins connus n'ont pas cette chance. Les deux majors les plus exposées, Universal Music (groupe Vivendi) et la britannique EMI, ont bien compris les enjeux. Quand le premier doit renoncer aux tubes de jeunesse de Johnny Hallyday, le second a déjà dû tirer un trait sur Tino Rossi, Maria Callas et Gilbert Bécaud. Et de gros vendeurs de disques comme les Rolling Stones, les Beatles ou Claude François vont être concernés d'ici peu. Conséquence : les majors se pressent pour ressortir leurs albums remastérisés. source: l'express

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